Uvira : La société civile avec l’appui des mutualités et les combattants wazalendo prolonge la « ville morte » jusqu’au départ du général Gasita
La société civile d’Uvira, soutenue par les mutualités locales et les combattants Wazalendo, a confirmé ce vendredi, lors du Conseil local de sécurité tenu dans l’auditorium des femmes et filles de la Mairie, la poursuite de la ville morte jusqu’au départ du général Gasita
«Tant que le général Gasita Olivier ne sera pas retiré d’Uvira, aucune activité socio-économique ne sera effectuée. La ville morte continue jusqu’à son départ», a déclaré Freddy Mudeba, coordonnateur provincial adjoint chargé des activités au sein de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), axe Sud, Sud-Kivu, qui rejette toute interprétation à caractère tribal sur le rejet du général par la population locale.
«Celui qui pense que le refus du général Gasita Olivier par la population d’Uvira est dû à son appartenance tribale se trompe. Nous ne voulons pas de lui à Uvira parce qu’il a fait tomber plusieurs entités stratégiques de notre province entre les mains des rebelles du M23, en faisant repli stratégique sans aucun combat», a-t-il expliqué.
Il affirme que lors de son passage à Luvungi, le général Gasita et ses collègues Kotazo et Kambale auraient tenu des propos troublants à la population : «N’allez pas chercher le M23 ailleurs, le M23, c’est nous-mêmes que vous voyez devant vous» ont-ils dit, selon Freddy Mudeba.
La société civile d’Uvira s’est aussi interrogée sur une lettre attribuée au M23 et relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle la rébellion critique la population locale pour son rejet du général Gasita.
«Depuis le début de cette guerre d’agression rwandaise, nous n’avons jamais vu le M23 soutenir une personne liée au régime de Félix Antoine Tshisekedi. Mais là, ils défendent publiquement Gasita. Pourquoi cette prise de position?», a questionné Mudeba.
La société civile craint que la présence du général Gasita ne compromette davantage la sécurité de la région.
«Nous redoutons qu’Uvira ne tombe aussi entre les mains de l’ennemi, car nous n’avons pas confiance en lui », a conclu Freddy Mudeba.
De son côté, Mapenzi Manyebwa, président du cadre de concertation de la société civile et des mouvements citoyens dans la ville et territoire d’Uvira a critiqué le président de la République, l’accusant d’ignorer la voix du peuple et de trahir la résistance des territoires d’Uvira et de Fizi. Selon lui, le chef de l’État a privilégié une personne qui a abandonné Bukavu au détriment de ceux qui se sont battus.
«Dire que la population va mourir de faim est un pur mensonge. Nous avons survécu à l’époque du RCD, dans des conditions bien plus difficiles qu’aujourd’hui, alors même que nos frères et sœurs étaient massacrés. J’ose croire que plus le président de la République continuera à ignorer la voix du peuple, plus notre confiance en lui s’effritera. Il sait pertinemment qu’Uvira et Fizi ont résisté face à l’avancée de l’ennemi. Et aujourd’hui, malgré l’engagement des Uvirois, il choisit de favoriser une personne qui a abandonné Bukavu. Nous allons donc poursuivre nos manifestations sans relâche, car il n’y a jamais eu de paix sans révolution.» a-t-il conclu.
Présents au Conseil local de sécurité, les sages et représentants des mutualités locales, soutenus par le Barza intercommunautaire, ont réaffirmé leur détermination à poursuivre la ville morte tant que le général Gasita Olivier restera en poste dans la région.
«Il ne s’agit pas d’une rebelion contre le président Félix Tshisekedi mais d’un appel à préserver la stabilité d’Uvira. Les habitants qui contestent aujourd’hui la présence du général sont les mêmes qui ont soutenu le chef de l’État lors des dernières élections » ont-ils précisé.
Ils ont également tenu à écarter toute interprétation à caractère ethnique de leur démarche. « Ce n’est pas une affaire tribale. Nous vivons avec eux depuis longtemps. Ils possèdent des parcelles ici, certains sont même nos locataires« , ont-ils souligné.
Ils ont par ailleurs exprimé leur inquiétude face à la manière dont la réaffectation du général Gasita a été décidée, dénonçant une absence de concertation avec les communautés locales, dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante et un climat de méfiance, appelant à une action urgente des autorités aux niveaux local, provincial et national.
Enfin, ils exhortent par ailleurs les responsables des Wazalendo à mieux encadrer leurs membres afin d’éviter les incidents nocturnes liés aux coups de feu, tout en plaidant pour leur formation en matière de discipline et de respect des populations civiles.
Pour sa part, le général autoproclamé William Yakutumba, Coordonnateur provincial du mouvement Wazalendo a vivement dénoncé la réaffectation du général Gasita à la tête des opérations et des renseignements dans la région d’Uvira. Dans ses propos, il a exprimé l’opposition catégorique des Wazalendo face à ce qu’il considère comme une décision dangereuse pour la stabilité de la région et pour l’ensemble du pays.
«Les Wazalendo ont pris les armes pour combattre l’ennemi. Notre mission principale est de libérer le pays », a-t-il affirmé, soulignant que le mouvement refuse toute collaboration avec un officier militaire qu’ils estiment compromis. «Nous n’accepterons pas qu’on nous impose une personne qui a bradé ce pays pour venir diriger Uvira et collaborer avec les Wazalendo. Uvira est le bouclier de la RDC. Si Uvira tombe, c’est tout le Congo qui tombe entre les mains des rebelles», a averti le leader local du mouvement.
Il juge « incompatible » la présence du général dans cette région stratégique.
Les Wazalendo appellent le gouvernement central à revoir cette décision et à désigner une autre personnalité «avec qui nous pourrons collaborer dans le cadre des opérations et pas Gasita», a conclu Yakutumba.
Le Maire adjoint et Maire intérimaire de la ville d’Uvira, Kifara Kapenda Kyk’y, a dénoncé ce qu’il considère comme des manipulations dont seraient victimes certaines organisations de la société civile et mouvements citoyens locaux.
Il appelle les organisateurs à tenir compte de l’impact socio-économique de leurs actions sur la population et les encourage à privilégier des moyens de revendication alternatifs, afin d’éviter de plonger les habitants dans un climat de peur et d’insécurité. Enfin, il lance un appel à l’unité et à la cohésion sociale, indispensables pour faire face aux menaces qui pèsent sur la région.
Notons que La paralysie des activités à Uvira se poursuit, marquant un nouveau pic de tension dans cette ville frontalière déjà fragilisée par l’instabilité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Sifa Munyaka Angèle

