Prétendue instauration de l’état de siège dans la province du Sud-Kivu : La Synergie des Sociétés Civiles et Mouvements Citoyens d’Uvira s’y oppose
Des rumeurs faisant état d’une prétendue instauration de l’état de siège dans la province du Sud-Kivu circulent sur la toile et au sein de la communauté Uviroise depuis déjà un mois. Des réactions fusent de toutes parts, exprimant majoritairement une position d’opposition.
La Synergie des Sociétés Civiles et Mouvements Citoyens d’Uvira a officiellement adressé un mémorandum aux plus hautes autorités de la République Démocratique du Congo. Ce document, transmis au Président de la République, à la Première Ministre, aux présidents des deux chambres du Parlement ainsi qu’au Gouverneur du Sud-Kivu, exprime un refus catégorique de l’instauration de l’état de siège dans la province et appelle à la nomination urgente du commandant de la 33e région militaire, poste vacant depuis le décès de son titulaire.
Dans ce mémorandum dont l’objet est «Refus catégorique de l’instauration d’un état de siège dans la province du Sud-Kivu et appel urgent a la nomination et installation du commandant de la 33eme région militaire», la Synergie des Sociétés Civiles et Mouvements Citoyens d’Uvira motive son refus mettant en avant les résultats de cette mesure exceptionnelle, arguant que l’état de siège n’a pas produit de résultats convaincants dans les provinces voisines du Nord-Kivu et de l’Ituri, où il est en vigueur depuis mai 2021.
«Malgré plus de 80 prorogations, les groupes armés continuent de semer la terreur. Le M23 a même réussi à pénétrer à Goma en janvier 2025 », rappelle le document.
Les signataires dénoncent notamment l’inefficacité sécuritaire des états de siège précédents, les violations répétées des droits humains : arrestations arbitraires, restrictions des libertés, détentions sans procès. A ceci s’ajoute l’absence de contrôle démocratique, due à la prolongation sans fin de la mesure, les effets socio-économiques néfastes : augmentation du coût de la vie, blocage des services de base, isolement des zones affectées, les risques de militarisation de la gouvernance locale.
Le mémorandum s’appuie sur plusieurs faits marquants issus des rapports de différents acteurs et organisations de défense des droits humains:
2025 civils tués dans la province du Nord-Kivu depuis l’instauration de l’état de siège, selon la société civile locale. Une étude critique d’Amnesty International en mai 2023 dénonçant les abus et l’inefficacité de la mesure, et des témoignages de députés, comme celui de Willy Mishiki, décrivant l’état de siège comme un «échec total ».
La Synergie des Sociétés Civiles et Mouvements Citoyens d’Uvira alerte également sur l’absence à Uvira, de commandement militaire effectif. Depuis le décès soudain du Commandant de la 33e Région Militaire le 12 septembre 2025, aucun remplaçant n’a été nommé, ni à la tête de la région, ni au poste d’adjoint chargé des opérations.
«Uvira est une zone rouge, régulièrement menacée par les groupes armés et le M23. Sans commandement, les FARDC et les Wazalendo manquent de coordination. C’est une faille critique dans notre défense », alerte la société civile.
Face à la perceptive d’un éventuel état de siège dans la province du Sud-Kivu, la synergie appelle le gouvernement à renoncer officiellement à cette mesure d’exception, estimée inadaptée au contexte local. Plutôt qu’une gouvernance militaire, cette structure recommande que toute stratégie sécuritaire soit conçue de manière participative. Elle insiste pour que les autorités locales, les représentants de la société civile ainsi que les chefs traditionnels soient pleinement associés a l’élaboration de tout projet de sécurité visant à restaurer la paix dans la région.
La Synergie plaide également pour :
- Le renforcement des forces de police locales avec des effectifs formés et respectueux des droits humains,
- L’amélioration du renseignement et de la coordination communautaire,
- La mise en place d’une commission d’évaluation indépendante sur les effets des mesures sécuritaires.
«En l’absence de réponses concrètes et rapides, des actions pacifiques de grande ampleur seront menées pour faire entendre la voix des populations d’Uvira.» prévient-t-elle dans ce document remis auprès du Ministre provincial de l’intérieur, Christian Chibanvunya.
La Synergie des sociétés civiles et mouvements citoyens d’Uvira invite Sudkivuciens à rester vigilants et unis face l’insécurité et aux mesures susceptibles de mettre leur vie en danger.
Sifa Munyaka Angèle

