ActualitésNewsSociété

Recrudescence des violences basées sur le genre à Uvira : un appel des femmes et des filles pour la paix et la protection (Note de plaidoyer)

Les femmes et les filles d’Uvira interpellent les autorités sur la recrudescence des violences basées sur le genre dans la ville et les appellent à prendre des mesures urgentes pour renforcer la protection des femmes et des filles, et mettre fin à l’insécurité persistante dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

Cette déclaration a été faite mardi 10 mars lors d’une cérémonie organisée par le bureau urbain du Genre, Famille et Enfant, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, célébrée sous le thème «Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles»,

Dans leur note de plaidoyer lue devant les autorités provinciales et les organisations humanitaires dont IRC, les femmes et les filles d’Uvira expliquent que la ville traverse une période d’insécurité due aux conflits armés qui secouent l’Est du pays. Selon ce document, lu par la rédaction de Radio Notre Dame de Tanganyika, la situation s’est particulièrement aggravée depuis la prise de Bukavu par la coalition AFC/M23 et le déplacement temporaire des institutions provinciales vers Uvira.

Selon leur note de plaidoyer lue par Francine Kasimba, Vice-présidente du conseil urbain de la jeunesse en charge du genre et des finances, cette situation a entraîné une militarisation accrue de la ville ainsi qu’une circulation importante d’hommes armés, notamment des éléments des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et des combattants communément appelés Wazalendo.

Toujours selon ce document, ce contexte sécuritaire fragile a favorisé la multiplication de plusieurs formes de violences sexuelles et sexistes dans la ville. Les femmes mentionnent notamment des cas de viols, de viols collectifs, d’agressions sexuelles sur mineures, de harcèlement, d’intimidations, ainsi que des meurtres commis après le refus de relations forcées.

Dans cette même note de plaidoyer, elles indiquent que les données provisoires de la zone de santé d’Uvira font état de plus de 1 200 cas de violences sexuelles enregistrés entre janvier et septembre 2025. Parmi ces cas, précisent-elles, seulement 600 survivantes ont pu être prises en charge dans les structures sanitaires dans le délai critique de 72 heures.

Ces violences surviennent le plus souvent dans un contexte d’insécurité généralisée, de déplacements de populations et de précarité, ajoutent-t-elles.

Les femmes et les filles soulignent également que la peur de la stigmatisation, les risques de représailles et l’absence de mécanismes de protection efficaces conduisent à une sous-déclaration de nombreux cas. Selon elles, la situation réelle pourrait donc être encore plus préoccupante.

Cette insécurité a des conséquences importantes sur la vie des femmes et des filles, limitant notamment leur liberté de mouvement, leur accès à l’éducation, leur santé mentale ainsi que leur participation à la vie citoyenne.

Dans leur document, les femmes et les filles d’Uvira rappellent que la protection contre les violences est garantie par la Constitution de la République Démocratique du Congo. Elles citent notamment l’article 14, qui consacre l’égalité entre les hommes et les femmes et prévoit l’élimination de toute discrimination à l’égard de la femme, ainsi que l’article 15 qui impose à l’État de lutter contre les violences sexuelles.

La note de plaidoyer fait également référence à la loi n°06/018 relative aux violences sexuelles, qui criminalise ces actes, ainsi qu’à la loi n°15/013 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité. Malgré cet arsenal juridique, les femmes et les filles estiment que la situation reste critique dans les zones affectées par les conflits.

Face à cette situation, elles demandent au gouvernement Congolais de renforcer la protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles, d’appliquer strictement les lois existantes et de poursuivre les auteurs de ces crimes, y compris les hommes en uniforme. Elles plaident également pour un meilleur accès des survivantes aux services de prise en charge médicale, psychosociale et juridique.

Aux autorités provinciales, elles recommandent la mise en place d’un cadre d’urgence pour la prévention des violences sexuelles, l’intégration de la question de la protection des femmes et des filles dans les réunions du Conseil provincial de sécurité et le renforcement des campagnes de sensibilisation contre les violences basées sur le genre.

Les autorités locales sont, quant à elles, appelées à renforcer les patrouilles de sécurité dans les quartiers à haut risque, à mettre en place des mécanismes confidentiels de signalement des violences et à soutenir les mécanismes communautaires d’orientation des survivantes vers les structures de prise en charge dans les 72 heures.

Les forces de sécurité et de défense sont également invitées, selon ce document, à appliquer des sanctions disciplinaires contre tout élément impliqué dans des abus et à sensibiliser davantage les troupes sur la protection des civils, en particulier des femmes et des filles.

Dans cette note de plaidoyer, les femmes et les filles d’Uvira affirment qu’elles ne se considèrent pas uniquement comme des victimes. Elles disent vouloir participer activement aux initiatives locales de paix, sensibiliser les communautés contre les violences basées sur le genre et promouvoir une culture de dénonciation responsable et sécurisée.

En conclusion de leur note de plaidoyer, les femmes et les filles d’Uvira rappellent qu’«une société qui ne protège pas ses femmes et ses filles compromet son avenir».

Elles estiment que la guerre continue d’alimenter les violences et met gravement en danger la sécurité et la dignité des populations civiles. Elles appellent ainsi à des actions urgentes, concrètes et visibles pour restaurer la paix, lutter contre l’impunité et garantir le respect des droits des femmes et des filles en République démocratique du Congo.

Pour elles, sans paix, il ne peut y avoir ni sécurité ni dignité pour les femmes et les filles.

Cette année, la ville d’Uvira célèbre le mois de la femme sous le thème «Non aux violences des droits de la femme : militons tous pour la paix, la pardon et la cohabitation pacifique de toutes les communautés d’Uvira.»

Sifa Munyaka Angèle

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *