Marche pacifique pour contester la réaffectation du général Gasita Olivier à Uvira au Sud-Kivu : la société civile et les mouvements citoyens dénoncent une «trahison» et parlent de « sacrifice » des territoires d’Uvira, Fizi et Mwenga aux rebelles
Des centaines de personnes ont pris part, ce lundi 8 septembre 2025, à une marche pacifique dans les rues d’Uvira pour protester contre la réaffectation du général de brigade Gasita Olivier à la tête des opérations et des renseignements de la 33e région militaire basée à Uvira.
A l’appel des structures de la société civile et des mouvements citoyens, les manifestants ont exigé son départ immédiat, dénonçant ce qu’ils qualifient de tentative de «livrer Uvira, Fizi et Mwenga aux mains des rebelles».
Deux mémorandums ont été remis à l’autorité urbaine à l’issue de cette manifestation, partie du rond-point Kavimvira pour chuter à la Mairie.
Dans ces documents, les organisateurs, dont la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), la SOCICO-RDC, la Ligue des indignés pour la citoyenneté responsable, et la Synergie des sociétés civiles et mouvements citoyens d’Uvira, accusent Kinshasa de vouloir «sacrifier» ces trois territoires du Sud-Kivu, au profit des groupes armés.
«Notre pays est plongé dans une guerre d’occupation et de balkanisation. Cette déroute est le résultat direct de la complicité de plusieurs officiers de notre armée, qui ont fui devant l’ennemi et abandonné leurs positions. Cette trahison a été un coup dur pour les populations, qui ont vu les rebelles prendrez le contrôle de grandes villes comme Goma et Bukavu, ainsi que de localités stratégiques comme Kamanyola et autres », peut-on lire dans les mémorandums.
Les manifestants s’indignent du fait que certains généraux ayant fui les lignes de front comme Yav et Kotazo aient été arrêtés et incarcérés, tandis que le général Gasita, lui, demeure libre et promu. Ils dénoncent son passage récent à Kinshasa et Kindu sans avoir été inquiété par la hiérarchie militaire.
«En voulant sacrifier Uvira, Fizi et Mwenga, Kinshasa a décidé de le nommer pour livrer ces entité aux rebelles. La population d’Uvira, Fizi et Mwenga rejette catégoriquement la présence de Gasita dans cette région. Sa nomination est une menace directe contre la survie de nos communautés vivant en unité et cohésion», ont déclaré Mafikiri Mashiango et Mapenzi Manyebwa, représentants respectifs de la NSCC et de la Synergie des sociétés civiles et des mouvements citoyens.
Les protestataires rejettent catégoriquement toute accusation de tribalisme :
«Ce soulèvement populaire ne repose pas sur des considérations ethniques, mais sur la volonté de chaque Congolais de défendre l’intégrité territoriale du pays» ont-ils clarifié dans leurs déclarations.
Parmi les recommandations soulevées, les manifestants demandent le remplacement immédiat et sans condition de cet officier supérieur des FARDC et sa mutation loin du Sud-Kivu et la mise en place des mécanismes pour poursuivre les complices de la guerre du M23/AFC dans l’armée, les gouvernements ainsi que dans l’ensemble de la population. Ils recommandent le redoublement des efforts pour la protection des civils et la restauration de la paix au Sud-Kivu
Ils annoncent par ailleurs de nouvelles actions citoyennes si leurs revendications ne sont pas prises en compte.
Des forces de l’ordre et de sécurité étaient visibles dans différents quartiers de la ville ainsi que sur les artères principales, afin d’assurer le maintien de l’ordre et de prévenir tout débordement.
La marche, bien que qualifiée de pacifique, s’est terminée dans une atmosphère de tension palpable. Des coups de feu ont été entendus quelques minutes après la remise des mémorandums, et selon le constat du reporter de rndt-rdc.com présent sur place, quelques dégâts humains seraient enregistrés.
Cette manifestation survient dans un contexte de paralysie générale à Uvira, où les activités socio-économiques sont à l’arrêt depuis le 2 septembre, en raison d’une ville morte décrétée par les structures citoyennes.
Sifa Munyaka Angèle

