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Renforcement de la cohésion sociale, de la sécurité et de la résilience des communautés dans les hauts plateaux de l’Est de la RDC : les personnes déplacées formées aux différents types d’AGR expriment leur satisfaction et s’engagent à mettre en pratique les acquis

Trois catégories de personnes déplacées viennent de bénéficier d’une formation dans différents types d’activités génératrices de revenus (AGR), dans le cadre du projet «Tukutane Tena», mis en œuvre par l’organisation Search For Common Ground (SFCG), avec le soutien financier du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de France.

Au total, 69 personnes déplacées du groupement de Kalungwe ont été formées certaines aux AGR orientées vers le petit commerce, d’autres à celles axées sur l’agriculture, et d’autres encore à l’élevage. Ces sessions de renforcement de capacités ont eu lieu du 22 au 29 juillet 2025 dans la salle de l’hôtel Suzana, à Kimanga, commune de Kalundu, dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu, RDC.

Innocent Kabi, chef du projet Tukutane Tena au sein de SFCG, a indiqué que ces formations visent à améliorer durablement les conditions de vie de ces personnes vulnérables touchées par différents déplacements. Elles ont pour objectif de favoriser leur relèvement, leur autonomisation économique, et de faciliter leur intégration au sein des communautés hôtes, pour une paix et une sécurité durables.

«Ces formations s’inscrivent dans le cadre du troisième objectif du projet, qui est de fournir un soutien holistique aux populations déplacées ayant été affectées par divers déplacements, les contraignant à abandonner leurs biens. Afin de leur apporter une assistance concrète, le projet a prévu de les accompagner à travers des formations sur les activités génératrices de revenus (AGR), notamment celles axées sur le petit commerce, l’agriculture et l’élevage. Nous estimons que ces formations leur permettront d’acquérir des connaissances essentielles sur la manière de mettre en œuvre ces AGR, afin de devenir autonomes et de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Cela contribuera également à leur processus de résilience psychosociale. Pour les prochaines étapes nous pensons distribuer du cash à ceux qui ont choisi le commerce, en fonction des activités qu’ils ont déclarées vouloir entreprendre. De même, les bénéficiaires formés à l’agriculture recevront des semences ainsi que des outils aratoires pour démarrer efficacement leurs activités agricoles. Ceux ayant opté pour l’élevage recevront des géniteurs afin de lancer leur élevage. Notre souhait est de voir une amélioration significative de leurs conditions de vie, qu’ils puissent s’intégrer harmonieusement dans les communautés d’accueil, favorisant ainsi une paix durable et une cohésion sociale renforcée», a-t-il précisé.

Pendant les formations, les participants ont pu identifier les marchandises les plus demandées dans leur groupement, celles qui sont rares mais recherchées, ainsi que les produits qu’ils possèdent déjà et qu’ils pourraient transformer ou commercialiser. Ils ont aussi recensé les cultures vivrières et maraîchères les mieux adaptées au climat local, ainsi que les espèces animales les plus appropriées à l’élevage à petite échelle dans leur situation de déplacés.

Parmi les idées de petits commerces évoquées : la vente de produits de première nécessité comme le haricot, la farine de manioc et de maïs, la tomate, l’oignon, l’huile végétale ou de palme, mais aussi celle de poules, de fretins, de beignets, de crêpes, ou encore l’ouverture de kiosques polyvalents. Concernant l’élevage, les participants ont mentionné des espèces comme la poule, la chèvre, le porc, le canard et le lapin.

Les bénéficiaires ont salué cette initiative, qu’ils jugent opportune, dans un contexte de précarité marqué par des déplacements forcés et la perte de leurs moyens de subsistance. Ils ont exprimé leur engagement à mettre en pratique les compétences acquises afin de faciliter leur réintégration dans les communautés hôtes. Ils ont également recommandé à SFCG de pérenniser ce genre d’initiatives, afin que chaque déplacé se sente accompagné et valorisé malgré les épreuves.

Jeanne Mwangaza Byamungu a partagé avec franchise son expérience, qu’elle qualifie de « gaspillage involontaire » de ses revenus :

«J’avais de bons revenus, mais je vivais comme une patronne. Je mangeais de la viande et du poisson tous les jours. Mais quand je faisais mes comptes, je voyais que je n’arrivais plus à renouveler certains stocks. Grâce à cette formation, j’ai compris que mes habitudes de consommation nuisaient à mon commerce. Cette formation m’a réveillée. Désormais, je vais mieux gérer mes revenus et éviter les gaspillages. Une partie de mes bénéfices ira dans une AVEC, pour me prémunir contre les imprévus. J’espère que ce ne sera pas la dernière formation!» a-t-elle témoigné.

De son côté, Kambekele Sebanuka a témoigné qu’il réinvestissait systématiquement tous ses bénéfices dans son activité, sans mesurer ses gains réels :

«Avant, je réinvestissais tout dans mon commerce sans savoir combien je gagnais. Aujourd’hui, je sais qu’il faut répartir : une part pour renforcer le capital, une autre pour les besoins familiaux, et la dernière dans une caisse d’épargne, afin de faire face aux imprévus sans toucher au capital.» a-t-il dit.

Pour Mahano Regina :

«Je remercie sincèrement SFCG pour ces formations. Je ne savais pas que les animaux pouvaient aussi recevoir des vaccins et des médicaments en cas de maladie. J’élève des chèvres et des poules, et auparavant, je dormais avec mes animaux dans la même maison. À partir d’aujourd’hui, je vais m’efforcer de construire un petit abri séparé, pour que chaque type d’animal ait son propre espace pour dormir.»

Et enfin Rama Masomo, un éleveur :

«Ces formations ont été très importantes pour moi, car même si nous pratiquions déjà l’élevage, nous n’en comprenions pas vraiment le sens. On nous a expliqué que lorsqu’on souhaite se lancer dans l’élevage, il est préférable de commencer par un type d’élevage plus simple ou qui soit rentable. Pour ma part, j’élève des chèvres, mais je ne savais pas comment bien les nourrir. Je les laissais errer n’importe où, au point qu’elles allaient manger les plantations des voisins, ce qui créait des conflits. Grâce aux enseignements reçus, j’ai compris qu’il est de ma responsabilité de chercher moi-même la nourriture pour mes animaux, ou de les emmener paître dans des endroits appropriés. Après le pâturage, je leur prépare également de l’eau potable dans un récipient propre»

Il convient de rappeler que le projet «Tukutane Tena» vise à renforcer la cohésion sociale, la sécurité et la résilience des communautés dans les hauts plateaux de l’Est de la RDC. Diverses activités sont prévues tout au long de sa mise en œuvre, dont certaines ont déjà été lancées. Le projet prévoit notamment un accompagnement global des ménages vulnérables en particulier ceux affectés par les déplacements afin de favoriser leur autonomie économique, renforcer leur capacité de résilience et encourager la cohésion sociale au sein des communautés hôtes.

Sifa Munyaka Angèle

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