ActualitésHumanitaireSociété

Zone de santé d’Uvira : 1 735 cas de choléra dont 11 décès enregistrés en 2025. L’afflux massif de populations et l’insalubrité à l’origine de la recrudescence du choléra

La Zone de santé d’Uvira a enregistré 1735 cas de choléra, dont 11 décès au cours de l’année 2025, un bilan plus que doublé par rapport à l’année précédente. Cette recrudescence préoccupante est principalement liée à l’afflux massif de populations et à la persistance de mauvaises conditions d’hygiène, alerte Jaime Saidi, chargé de communication de la zone de santé et point focal choléra.

À titre comparatif, en 2024, la zone de santé avait notifié 681 cas de choléra dont 4 décès. Déjà pour l’année 2026, 22 cas sont signalés à ce jour, laissant craindre une poursuite de la tendance si des mesures adéquates ne sont pas renforcées.

Dans une interview accordée à la rédaction du bulletin humanitaire habari za mahali ce mardi 6 janvier 2026, Jaime Saidi, a fait savoir que la situation s’est particulièrement détériorée à la fin du mois de février 2025, à la suite de l’arrivée massive de populations déplacées en provenance de Goma et de Bukavu, fuyant l’insécurité.

«Après ces déplacements, la situation s’est rapidement dégradée. Là où il y a une forte concentration de population, les conditions d’hygiène deviennent très précaires, favorisant ainsi la propagation du choléra», explique-t-il.

Outre les mouvements de populations, le point focal choléra dénonce le faible respect des mesures préventives au sein de la communauté.

«Lorsqu’on sensibilise la population au lavage des mains, certains pensent qu’il s’agit d’une simple chanson. D’autres estiment même qu’un Noir ne peut pas mourir à cause des microbes», déplore-t-il.

Il souligne également l’usage persistant de l’eau non traitée par une grande partie de la population. Cette situation a été aggravée par la montée des eaux du lac Tanganyika, qui a provoqué des inondations dans plusieurs quartiers. Les eaux ont envahi les habitations et les latrines, entraînant des déchets et des matières fécales vers les points d’eau. «Malgré ces risques évidents, certaines personnes continuent à utiliser ces eaux sans aucun traitement», alerte Jaime Saidi.

Pour ce responsable sanitaire, la lutte contre le choléra passe avant tout par une prise de conscience individuelle et collective.

«On ne doit pas avoir une police derrière soi pour se protéger sur le plan de la santé. La prévention commence par la responsabilité de chacun», insiste-t-il.

Il rappelle l’importance du lavage des mains au savon à des moments clés : avant de manger, après être allé aux toilettes, après avoir changé les couches des enfants, avant de préparer les repas ou de nourrir un enfant, ainsi que le respect d’autres mesures d’hygiène essentielles.

Cependant, sur le terrain, ces pratiques restent souvent mal appliquées.

«Le lavage des mains doit se faire avec le système de robinet, que nous encourageons fortement. Pourtant, dans certaines familles, on continue à se laver les mains dans un même récipient, ce qui annule l’effet préventif», précise-t-il.

Enfin, Jaime Saidi souligne que l’insalubrité générale de la ville d’Uvira constitue un facteur aggravant. Les déchets sont abandonnés un peu partout et les couches jetables des enfants sont souvent jetées dans la nature. «Avec de tels comportements, c’est toute la santé de la population qui est exposée», conclut-il.

Sifa Munyaka Angèle

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *