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Clôture de la formation en broderie par BIMATUA et Cordaid : Un programme d’autonomisation pour lutter contre les violences basées sur le genre dans la chefferie des Bavira

Les participants à la formation en broderie organisée par l’organisation Binti na Mama Tujenge Amani (BIMATUA), ont exprimé leur profonde gratitude pour cette initiative qui, d’après eux, a transformé leur vie.

La formation, qui a concerné 25 jeunes filles et garçons issus de la chefferie des Bavira, en territoire d’Uvira, a été clôturée officiellement ce mardi 24 février 2026. Elle s’est déroulée sur une période de deux mois, d’août à octobre 2025. La cérémonie de clôture, initialement prévue en octobre, avait été reportée en raison des tensions sécuritaires dans la région.

Madame Abigaël Bitondo Aimée, présidente de BIMATUA, a précisé que ce programme s’inscrivait dans le cadre du projet «Justice et Paix durable pour les femmes et filles dans la chefferie des Bavira» mis en œuvre par BIMATUA avec l’appui de Cordaid. Son objectif principal était de lutter contre les violences basées sur le genre (VBG) en renforçant l’autonomisation économique des jeunes en particulier des jeunes filles et des filles mères.

Elle a souligné que l’absence d’encadrement pour la jeunesse et la dépendance financière des jeunes filles, souvent contraintes de recourir aux hommes pour subvenir à leurs besoins, sont parmi les causes majeures des violences basées sur le genre dans la région. «Nous avons estimé qu’en renforçant leurs capacités en broderie, nous pourrions améliorer leur autonomie financière et réduire leur vulnérabilité face aux violences basées sur le genre», a-t-elle expliqué.

Lors de la clôture de la formation, les bénéficiaires, majoritairement des filles et des filles-mères, ont exprimé leur reconnaissance pour l’opportunité qu’ils ont eu de développer des compétences pratiques et essentielles. Ils ont témoigné qu’avant cette formation, ils ne connaissaient pas la broderie, ne savaient pas quel matériel utiliser, ni comment choisir les fils, les tissus, ou les aiguilles. Beaucoup sont arrivés sans aucune connaissance, «sans rien avoir dans la tête», confient-ils humblement. Aujourd’hui, grâce à la formation reçue, ils sont capables de réaliser différents motifs de broderie et de produire un travail soigné, maîtrisant pleinement les outils et les techniques nécessaires à la confection de pièces de qualité.

Ils ont également évoqué leur situation financière précaire avant la formation, expliquant que certains dépendaient des hommes pour subvenir à leurs besoins, ce qui affectait leur dignité et leur réputation. D’autres étaient entièrement à la charge de leurs parents, ce qui les rendait vulnérables à cause de l’augmentation du coût de la vie. Cette dépendance financière les exposait également aux violences basées sur le genre (VBG), a souligné Rebecca, l’une des bénéficiaires.

Aujourd’hui, ils considèrent cette formation comme un véritable tournant dans leur vie, car les compétences acquises leur permettront de générer des revenus et de devenir financièrement indépendants, ont-ils dit. Ils estiment que cette autonomie économique contribuera significativement à la lutte contre les VBG dans leur communauté, en réduisant la dépendance des filles et des femmes et en renforçant leur dignité.

Au cours de la cérémonie qui a eu lieu au bureau de l’ONG BIMATUA au quartier Kabindula, les participants ont aussi lancé un appel sincère à BIMATUA et Cordaid, leur demandant d’étendre ce programme à davantage de jeunes filles de la communauté. Ils ont souligné que beaucoup de filles demeurent encore vulnérables aux violences basées sur le genre à cause de leur faiblesse financière. Selon eux, l’élargissement de cette formation serait une réponse concrète et durable pour promouvoir l’autonomie, la dignité et la protection des jeunes filles et des femmes dans la région.

Parmi les défis rencontrés dans la mise en œuvre de la formation, la présidente de BIMATUA évoque le désintéressement de certains apprenants, malgré la prise en charge totale des frais par l’organisation, notamment le matériel et les fournitures. Aucun frais n’était exigé, si ce n’est la présence régulière aux séances. Des cas d’absences répétées et même d’abandons temporaires ont été signalés, obligeant parfois l’équipe à se rendre au domicile des bénéficiaires pour les ramener en formation.

L’insécurité persistante dans la zone a également perturbé le déroulement normal des activités. A cela s’ajoute l’absence de mécanisme de prise en charge des enfants de plusieurs apprenantes, dont certaines sont des filles-mères. Ces dernières participaient aux séances avec leurs enfants, qui passaient parfois toute la journée sans assistance alimentaire.

Autre préoccupation majeure : l’accompagnement post-formation. «Nous nous interrogeons encore sur la manière dont nous allons soutenir ces jeunes après cette formation, car rien n’a été prévu à cet effet», a reconnu la présidente de l’organisation.

Malgré ces contraintes, des avancées notables ont été enregistrées sur le plan technique. Au départ, plusieurs bénéficiaires ne connaissaient ni les noms ni l’usage du matériel de broderie. Aujourd’hui, ils sont capables de manipuler correctement les outils et de réaliser différents motifs.

De son côté, le formateur Janvier Mukuba a également déploré l’impact de la situation sécuritaire sur l’apprentissage. «Il arrivait que des coups de balles se fassent entendre pendant les séances, nous obligeant à interrompre la formation et à nous mettre à l’abri», a-t-il témoigné.

Le manque d’électricité a constitué un autre obstacle majeur. Le générateur utilisé consommait jusqu’à 10 litres de carburant par jour. Faute de moyens suffisants pour assurer un approvisionnement régulier en carburant, les séances de travail étaient souvent écourtées, a-t-il ajouté.

Le formateur a toutefois salué la capacité d’adaptation et la détermination de nombreux apprenants. Il a plaidé pour la poursuite de l’encadrement par BIMATUA et son partenaire Cordaid, afin de pérenniser les acquis de cette formation.

Sifa Munyaka Angèle

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