Sud-Kivu : Le député provincial Amani Katembera Didier dépose un rapport alarmant sur la situation à Bukavu
Le député provincial du Sud-Kivu, Amani Katembera Didier, a déposé ce jeudi 2 octobre son rapport de vacances parlementaires au bureau de l’Assemblée provinciale. Un document dense et accablant, qui dresse un tableau sombre de la situation dans la ville de Bukavu, plongée depuis plusieurs mois dans l’insécurité, la précarité et l’effondrement progressif des institutions.
Conformément à l’article 197 de la Constitution et au Règlement intérieur de l’Assemblée provinciale, le député a passé ses trois mois de vacances parlementaires au cœur de sa circonscription, malgré un contexte sécuritaire extrêmement tendu. Bukavu, sous occupation depuis près de neuf mois par les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par le Rwanda selon le rapport, subit une crise multidimensionnelle sans précédent.
Le rapport s’articule autour des principaux défis rencontrés dans la ville, avec des constats graves sur les plans politique, sécuritaire, administratif, économique, sanitaire, et socio-culturel
«J’ai essayé un peu de parler des trois ou quatre aspects, notamment l’aspect sécuritaire. J’ai essayé un peu de montrer comment est-ce que la province, il y a une partie de la province qui est occupée et proposé des solutions par rapport à ce qu’on doit faire», a déclaré le député, dénonçant l’abandon progressif de l’État et la montée d’un sentiment d’impuissance généralisé.
Sur le plan politique, le député déplore la délocalisation des institutions provinciales à Uvira, qui entraîne une rupture du lien direct entre les élus et leurs bases, laissant ainsi transparaitre l’absence de l’autorité de l’Etat dans la ville de Bukavu. Il note également une invisibilité des actions parlementaires dans les zones occupées, accentuant le sentiment d’abandon chez les citoyens.
Sur le plan sécuritaire, il dénonce les cas de braquages nocturnes dans les quartiers Nyalukemba, Panzi et Cimpunda, la présence de groupes armés et des wazalendo dans les périphéries de la ville créant une psychose permanente, la présence des enfants dits «de la rue» sur les artères, dans les marchés et coins chauds de la ville, ce qui augmente les cas de vols, ainsi que des tracasseries et perception exorbitantes sur la barrière illégale érigée par les occupants actuels de la ville à l’entrée de la ville, à l’endroit communément appelé «Kazingo».
Sur le plan administratif, le rapport souligne une duplication des services publics en province évoluant à Bukavu pendant que tous devraient être installés à Uvira, siège provisoire des institutions provinciales, la difficulté d’accès aux documents officiels pour les citoyens restés à Bukavu. Il note également l’absence de juridictions et services pénitentiaires, l’excès du népotisme et clientélisme dans l’engagement des agents de terrain au compte des ETD, soumis au préalable a une durée dite de formation idéologique à Rumangabo avant tout engagement, pourtant soumis aux règles et principes de l’administration publique.
Sur le plan économique, le document note la fermeture des banques et institutions financières, causant des difficultés d’accès aux liquidités, chômage massif, flambée des prix des biens de première nécessité, la surtaxation et tracasseries fiscales contre les petits commerçants et les PME encore présents dans la ville, l’absence d’infrastructures économiques modernes et adaptées aux conditions qu’impose la conjoncture économique du milieu et autant d’autres facteurs qui creusent davantage la crise économique dans la région.
Sur le plan socio-culturel, le députe Amani Katembera Didier alerte dans son rapport sur la surpopulation de la ville de Bukavu suite à l’arrivée des déplacés internes fouillant les affres de la guerre à l’intérieur de la province, l’insuffisance des structures de santé, le chômage des jeunes et la recrudescence des incendies à répétition (Entre Juillet et Août plus de 2000 maisons sont parties en fumées et près de 20 personnes ont perdu la vie dans ces catastrophes).
Un autre phénomène mis en lumière est la spoliation massive des biens publics et une dégradation environnementale accélérée, notamment par les déchets plastiques importés et les coupes anarchiques d’arbres.
Face à cette situation, le député formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles :
Le dépêchement d’une commission parlementaire auprès des autorités nationales pour un plaidoyer sur l’accélération des pourparlers déjà en cours à Doha et à Washington, pour le retour de la paix en province, création de plateformes numériques et radiophoniques pour maintenir le lien entre élus et populations et l’organisation de fora citoyens dans les zones non occupées.
«Nous devons voir dans quelles mesures organiser et identifier et prendre en charge ces forces qui ont contribué, tant soit peu, à sécuriser, à protéger nos citoyens. Aussi la ville de Bukavu, ma ville, celle qui m’a fait confiance que je sois aujourd’hui député provincial, elle a traversé beaucoup de moments difficiles, notamment l’occupation, la fermeture des banques, des catastrophes naturelles qui ont endeuillé des populations. Et voilà, je pensais qu’il était important d’en parler au gouvernement provincial, à travers le bureau de l’Assemblée provinciale, et proposer des solutions.» précise le document.
Ce rapport, au-delà d’un simple bilan parlementaire, se veut selon son auteur un « acte de résistance institutionnelle et un cri d’alarme lancé à toutes les autorités compétentes« .
Le député Amani Katembera exhorte les institutions provinciales et nationales à transformer les doléances recueillies en actions concrètes, dans un esprit de solidarité, de justice sociale et de cohésion nationale.
Ce rapport, déposé officiellement ce 2 octobre 2025, constitue un document de référence pour toute stratégie de réponse urgente à la crise qui secoue Bukavu et, plus largement, l’ensemble de la province du Sud-Kivu.
Sifa Munyaka Angèle

